Paris , le 28 juin 2003 - marche des fiertés gaies, lesbiennes, transes et bisexuelles - Sombre journée - C Tafren

PROMENADE EQUATORIALE
yolanda Rojal

Exposé d'Aline Dedeyan - 15 avril 2003 -
Table ronde ONG sur la Convention du génocide - 59e session de la Commission des droits de l'Homme
Opéra - par Léon ROJAL
« LE TOUR D'ECROU » DE BENJAMIN BRITTEN À GENÈVE
FEMMES DE DICTATEURS
Juan Gasparini
PROMENADE BÂLOISE
Léon Rojal

 

Léon Rojal

 
PROMENADE BÂLOISE

 

 Le portrait de Mademoiselle Gachet du Musée des beaux-arts de Bâle correspond à ce que Vincent Van Gogh a toujours voulu: "quelque chose de paisible et de plaisant, réaliste et peint pourtant avec émotion, quelque chose de bref, de synthétique, de simplifié et de concentré, plein de calme et de pure harmonie, consolant comme une musique."
Le 17 mai 1890 Vincent Van Gogh arrive à Paris, considéré comme guéri il a quitté l'asile de Saint Rémy en Provence. Le 20 il part de Paris pour Auvers-sur-Oise,  petite localité proche de la capitale ou le Docteur Paul Gachet, grand amateur de peinture, assurera son suivi médical. Ce séjour commencé le 20 mai s'achèvera le 29 juillet 1890 par la mort de Van Gogh, à la suite du coup de révolver qu'il s'est tiré dans la poitrine le 27.
Un mois auparavant il venait de terminer le portrait de la fille du Docteur Gachet peint "avec plaisir". Dans une lettre à son frère Théo du 26 ou 27 juin 1890 il écrit: "hier et avant-hier j'ai fait le portrait de Mademoiselle Gachet que tu verras j'espère bientôt, le vêtement est rose, le mur dans le fond vert avec un point orange, le tapis rouge avec un trait violet, le piano violet foncé, cela a un mètre de haut sur cinquante de large. C'est une figure que j'ai peinte avec plaisir ­ mais c'est difficile."
Deux jours avant le suicide de son frère Théo écrivait à sa femme Jo: "J'ai reçu une lettre de Vincent qui semble tout à fait incompréhensible, quand y aura-t-il un moment heureux pour lui? Il est si profondément bon."  

 

  Parmi les oeuvres de Chagall que possède le Musée des beaux-arts de Bâle figure le portrait d'un homme heureux.
Selon la tradition juive le monde repose sur trois piliers, l'un en est le service de Dieu mais depuis la destruction du Temple de Jérusalem, le service, les sacrifices ont été remplacés par la prière. "Je suis un mystique, dit Chagall, mon travail est ma prière." Une très grande partie de l'oeuvre de Chagall est inspirée par la pensée du hassidisme, ce courant religieux juif apparu en Pologne et en Russie au XVIIIème siécle qui privilégie la sagesse plutôt que le savoir, l'expérience plutôt que la doctrine, l'émotion vraie plutôt que le rite.
Le tableau intitulé "La prisée" ou "Portrait d'un rabbin" est une double prière: c'est à la fois celle de l'artiste et celle du modèle car l'étude elle aussi relève du service de Dieu; l'étude du Livre, ce "livre unique selon Maurice Blanchot, dans lequel s'enroule une suite prodigieuse de livres, bibliothèque non seulement universelle mais qui tient lieu de l'univers et plus vaste, plus énigmatique que lui."
Mais le judaïsme n'a jamais prôné l'ascèse, le rabbin ici interrompt sa lecture et s'accorde un petite récréation. D'une tabatière tenue délicatement, il porte à ses narines non moins délicatement une prise de tabac dont quelques grains-trois petits points rouges-tombent sur sa barbe. Dans le coin supérieur gauche, on distingue une partie d'un "arbre de lumière", d'un chandelier à sept branches dont la lumière d'un jaune très doux va se répandre sur tout le tableau. Dans le quart supérieur droit une étoffe de couleur verte , ce même vert que l'on retrouve à profusion sur la barbe du rabbin, ce vert couleur de la jeunesse et du renouveau, qui comme le proclame le sage, interdit d'être vieux c'est à dire interdit de renoncer à poser des questions, à s'interroger, à avancer, interdit de désespérer, de se résigner.  

  L'aleph première lettre de l'alphabet hébraïque, symbôle de l'énergie, a une forme d'homme qui marche; les hommes dans les sculptures de Giacometti sont des hommes qui marchent. L'homme qui marche suit un chemin que lui-même invente, qui n'existe que par sa marche, il se perfectionne, se rapproche de son être propre, accomplit le commandement de Nietzsche (qui fut professeur à l'Université de Bâle) :  « Deviens ce que tu es. »
 
« L'aleph », c'est aussi le titre d'un conte de Borges mais en voyant de la salle des Giacometti du Musée des beaux-arts, les toits du vieux Bâle c'est un autre conte fantastique de l'écrivain argentin, « La rose de Paracelse » qui me vient à l'esprit. Théophrastus Bombastus von Hohenheim plus connu sous le nom de Paracelse (1493-1541), médecin non conformiste mais néanmoins officiel de la ville de Bâle, d'origine suisse, recherché pour ses cures thérapeutiques, mais aussi alchimiste et astrologue qui dit-on, pour une question d'honoraires entra en conflit avec les autorités bâloises, perdit tous ses malades et tous ses élèves et mourut en Allemagne dans le dénuement le plus complet.
Dans « La rose de Paracelse » ce dernier demande à son Dieu de lui envoyer un disciple. Le soir du même jour un jeune inconnu se présente : son plus grand désir est de devenir le disciple d'un vieux maître si illustre, mais il veut une preuve : il lui tend une rose et lui demande de la détruire puis de la ressuciter car Paracelse a la réputation de pouvoir brûler une rose et de la faire ressurgir de ses cendres par la magie de son art. Lorsque Paracelse lui rétorque qu'il n'a que faire de sa crédulité mais qu'il exige la foi, l'inconnu s'obstine et jette la rose dans la cheminée. «  Tous les médecins et tous les apothicaires de Bâle affirment que je suis un imposteur. Ils ont peut-être raison. Voilà la cendre qui fut une rose et qui ne le sera plus désormais » dit alors Paracelse. Honteux, le jeune homme reconnaît avoir mal agi, d'avoir douté, qu'il reviendra quand il sera plus fort, qu'il sera son disciple, mais ce qu'il dit vient de la pitié que lui inspire le vieux maître et tous deux savent qu'ils ne se reverront jamais. « Paracelse resta seulil versa dans le creux de sa main la poignée de fine cendre et il prononça à voix basse un mot. La rose ressurgit. »
 
            Presque en face du Musée, à droite avec la Ritter-Gasse commence le plus bel axe de la vieille ville celui qui passe par la colline de la cathédrale (Münster). La rue des chevaliers bordée de belles demeures du XVIIIème monte en pente douce vers la cathédrale. De l'angle du numéro dix, on peut voir dans la Baumleingasse la demeure où vécut et mourut Erasme (1467-1536). Au bout de la Ritter-Gasse, à droite, accolés au flanc est de la cathédrale deux beaux cloîtres gothiques mènent derrière le chevet, à une terrasse qui domine le Rhin d'une bonne trentaine de mètres. Une énorme péniche rhénane le descend à vive allure et rappelle que Bâle est un grand port fluvial ­ 15% des importations suisses y transitent. « L'air du grand large arrive à Bâle. » ai-je entendu dire. A gauche, depuis la terrasse on aperçoit Mittlere Rheinbrücke (le pont du milieu) qui s'élève sur l'emplacement du pont de bois du XIIIème siècle. Bientôt le fleuve se dirigera vers le nord et quittant la Suisse la rive droite deviendra allemande, la rive gauche française.


 

 
           
 Le canton de Bâle-ville est le plus petit de la confédération helvétique, 37km2  et les deux tiers de ses limites sont des frontières avec l'Allemagne et la France. Mais dans le cas présent le mot frontière ne signifie pas grand chose : Bâle est le centre géographique et économique d'une région européenne, la Regio Tri Rhena constituée par les deux cantons suisses de Bâle-ville et de Bâle-campagne, du sud de l'Alsace, du sud du Bade-Wurtenberg et dont la population est d'un demi-million d'habitants. Le seul canton de Bâle-ville compte deux cent mille habitants, offre cent soixante-dix mille emplois dont trente mille sont occupés par des frontaliers venant quotidiennement de France et d'Allemagne et soixante mille par des citoyens suisses résidant dans les cantons limitrophes.
Bâle peut s'enorgueillir de posséder le meilleur système de transports en commun d'Europe (principalement des trams).
 
            De l'autre côté du fleuve, sur la rive droite, le Petit Bâle un autre quartier ancien, au-delà les bâtiments de la foire et ceux des grandes entreprises pharmaceutiques, et plus loin encore, au nord-est Riehen l'une des deux communes rurales comprises dans le canton de Bâle-ville. Bâle est aussi une métropole culturelle : presque autant de musées que de Km2 dont à Riehen la fondation Beyeler qui abrite la collection de Hildy et Ernst Beyeler.

 

 

 Le canton de Bâle-ville est le plus petit de la confédération helvétique, 37km2  et les deux tiers de ses limites sont des frontières avec l'Allemagne et la France. Mais dans le cas présent le mot frontière ne signifie pas grand chose : Bâle est le centre géographique et économique d'une région européenne, la Regio Tri Rhena constituée par les deux cantons suisses de Bâle-ville et de Bâle-campagne, du sud de l'Alsace, du sud du Bade-Wurtenberg et dont la population est d'un demi-million d'habitants. Le seul canton de Bâle-ville compte deux cent mille habitants, offre cent soixante-dix mille emplois dont trente mille sont occupés par des frontaliers venant quotidiennement de France et d'Allemagne et soixante mille par des citoyens suisses résidant dans les cantons limitrophes.
Bâle peut s'enorgueillir de posséder le meilleur système de transports en commun d'Europe (principalement des trams).
 
            De l'autre côté du fleuve, sur la rive droite, le Petit Bâle un autre quartier ancien, au-delà les bâtiments de la foire et ceux des grandes entreprises pharmaceutiques, et plus loin encore, au nord-est Riehen l'une des deux communes rurales comprises dans le canton de Bâle-ville. Bâle est aussi une métropole culturelle : presque autant de musées que de Km2 dont à Riehen la fondation Beyeler qui abrite la collection de Hildy et Ernst Beyeler.

 

 Le plan des salles montre la richesse de cette collection. Les deux cinquièmes de la surface d'exposition sont consacrés à des expositions temporaires. Cette « maison pour l'art » a été réalisée par l'architecte italien Renzo Piano : quatre murs parallèles de cent dix mètres de long
supportent une verrière horizontale pourvue de huit cent soixante-quatre « brise-soleils » sensibles à la lumière du jour qui font que les uvres d'art baignent toujours dans une lumière naturelle optimale. Les murs de l'édifice sont recouverts de porphyre rouge ; la cathédrale aussi est rouge et ses autres couleurs elle les exhibe principalement à l'extérieur sur la toiture de tuiles vernissées.

 
 
           

           
  De l'autre côté de la place de la cathédrale, dans l'axe de la Ritter-Gasse commence la Augustiner-Gasse. Après le musée d'éthnographie c'est la descente du Rheinsprung qui débute avec des demeures patriciennes du XVIIIème siècle et se termine par les plus vieilles maisons de Bâle (XVème et XVIème siècles) ; au rez-de-chaussée de l'une d'elles une boutique consacrée à l'Amour : en vitrine des pommades, des gelées, des confitures roboratives et aussi des pâtes italiennes en forme de « pudenda » ; ces pâtes joyeuses auraient certainement amusé Casanova qui séjourna à Bâle durant l'été 1762 à quelques pas de là, de l'autre côté de la petite place de la Schifflände : « Nous logeâmes chez le fameux Imhoff qui nous écorcha ; mais les « Trois Rois » était la meilleure auberge de la ville. » Deux cent quarante ans après les « Trois Rois » existe toujours, n'a rien perdu de sa renommée mais l'auberge est devenue un grand hôtel, le plus ancien de Suisse.
 


 
Léon Rojal
 
 
 
 
Reproductions
 
1)             Mademoiselle Gachet au piano. Vincent Van Gogh 1890
            Hauteur 102.5cm Largeur 0.50cm
            KUNSTMUSEUM de Bâle
 
2)         La prisée. Marc Chagall 1923/26
            Hauteur 117cm Largeur 89.5cm
            KUNSTMUSEUM de Bâle
 
3)            L'homme qui marche II. Alberto Giacometti 1960
            Fondation Beyeler
 
4)         Photo tirée d'une brochure de l'office de tourisme de Bâle
 
5)            Fondation Beyeler, plan des salles
 
 
En ce qui concerne « La rose de Paracelse » les citations sont extraites du deuxième tome des uvres complètes de Borges, collection de la Pleïade, Paris.