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Politique :
Les
relations secrètes entre les cercles d'amis et de parents
de l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet et de ceux de l'ex-président
argentin Carlos Menem concernant de sombres affaires d'armes
et de drogue dans lesquelles sont mentionnés également
le très connu trafiquent syrien Monzer Al Kassar et le
Procureur général d'Argentine, Nicolás Becerra,
voilà qui constitue la trame du livre "La mince ligne
blanche" : narcoterrorisme au Chili et en Argentine"
écrit par les journalistes Juan Gasparini, argentin résidant
à Genève et Rodrigo de Castro, chilien. Ce livre
a été présenté à Genève
le 26 février dernier au Club Suisse de la Presse. Ci
-dessous l'intervention de Juan Gasparini. |
TRAME DE "LA DELGADA LINEA BLANCA" Ce livre a été présenté à Santiago le 30 novembre 2000 et il est sorti en Argentine le 10 décembre 2000. Il comporte deux parties. La partie chilienne (pages 17 à 174), écrite par Rodrigo de Castro, démontre clairement que les militaires de son pays, en plus de violer les droits de l'homme, ont eu recours à des moyens de financement par le trafic d'armes et de drogues. Cette démonstration concerne plusieurs groupes criminels, notamment le clan Pinochet, conduit par les deux fils du dictateur et Yamal Bathich, un homme d'affaires d'origine syrienne. Selon les autorités chiliennes, Bathich représente les intérêts au Chili de son cousin, le syrien Monzer Al Kassar, un narcoterroriste établi à Marbella en Espagne, condamné en confiscation à Genève le 22 novembre 1999 pour trafic d'armes. La partie argentine du livre, écrite par Juan Gasparini (pages 179 à 283), résume la trajectoire criminelle d'Al Kassar, lequel est originaire de Yabroud en Syrie comme les parents de Carlos Menem, président argentin entre 1989 et 1999. Dans cette seconde partie, il est entre autres question des moyens irréguliers qui ont été employés par Al Kassar et cinq autres arabes de Marbella, dont certains sont impliqués dans la vente d'armes et des maisons de jeu, pour être naturalisés argentins, entre 1986 et 1992. Cela a été rendu possible grâce à une étude d'avocats de la province de Mendoza, dirigée par Maître Nicolas Becerra, lequel est depuis 1997 Procureur Général de la République Argentine et depuis le 5 décembre 2000 président de l'Association Interaméricaine du Ministère Publique comprenant l'Espagne et le Portugal. Les six procédures de naturalisation ont été annulées depuis et une enquête pénale contre Al Kassar est encore aujourd'hui ouverte dans les tribunaux fédéraux de Buenos Aires. |
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Cette partie du livre montre aussi comment le dossier de Al Kassar a disparu des organes de sécurité de la République en vue d'empêcher toute condamnation judiciaire, avec la complicité personnelle de Carlos Menem et de fonctionnaires de son gouvernement: Hugo Anzorregui, chef des services secrets (page 208); José Luis Manzano, ministre de l'intérieur (pages 239, 243 et 245); German Moldes, secrétaire d'Etat à l'immigration (pages 241, 244 à 246). Cette enquête rassemble également les indices récoltés en Argentine concernant la participation présumée de Al Kassar dans les deux attentats antisémites perpétrés en Argentine en 1992 et 1994 (pages 207 à 216). |
L'impunité de Al Kassar en Argentine a été garantie par les interventions de Becerra à la tête des procureurs du pays pages 240 à 246). Dans le chapitre 8 ( pages 247 à 266), il est consacré une courte biographie à cet avocat devenu procureur de la Nation, dont l'activité publique a bénéficié à des individus qui ont commis des actes de corruption graves. Par ailleurs, sa réputation est entachée d'engagements en faveur de la dictature militaire 1976-1983, notamment avec l'ancien amiral Eduardo Massera, l'un des chefs de la Junte Militaire du coup d'Etat du 24 mars 1976.
En outre, grâce à Becerra et quelques amis avocats (page 260), le banquier argentin Raúl Moneta a pu échapper à un mandat d'arrêt et bénéficier d'un juge favorable dans la faillite bancaire la plus spectaculaire de la période de Menem: 2 milliards de dollars ont disparu (pages 257 à 262). Dans le rapport préliminaire du Sénat des Etats-Unis, le 5 février 2001, Moneta a été signalé en tant que propriétaire de Banco Republica comme l'un des plus importants responsables de blanchiment d'argent depuis l'Argentine, en complicité avec la Citibank de New York, pour un montant de 4,5 milliards de dollars. Ce scandale, qui va faire l'objet d'un rapport complémentaire du Congrès américain le 2 mars prochain, est postérieur à la sortie du livre. Parmi les preuves apportées aux scénateurs par deux députés argentins, Elisa Carrió et Gustavo Gutierrez, figurent trois sociétés impliquées dans le blanchiment d'argent, lesquelles sont citées dans le livre.
Pour ne pas dévoiler ce qui se préparait au Sénat, il a été fait mention (page 216) que "des législateurs argentins enquêtent" sur deux sociétés off-shore domiciliées en Uruguay, Daforel et Elthan Trading. Ces dernières sont présidées par Yalal Nacrach, neveu du président Menem, soupçonné de trafic d'armes et d'être mêlé aux attentats antisémites en Argentine.
A cette révélation, qui anticipe dans le livre ce qui est en train de sortir à Washington, le prochain rapport ajouterait une troisième société uruguayenne, Seabrok (pages 239 et 281), dont les titulaires sont Nicolas Martin Becerra, le fils du procureur, et José Luis Manzano, ancien ministre de l'intérieur de Carlos Menem. Seabrok est accusé d'avoir introduit secrètement en Argentine 400 millions de dollars, fruit des commissions illégales perçues durant la décennie de Menem lors de la privatisation des entreprises publiques; cela a été fait dans une opération de capitalisation dissimulée pour consolider un groupe économique, leader dans les médias, dirigé naturellement par Manzano et Becerra.
Selon les services juridiques de l'éditeur, aucune plainte
pénale n'a été présentée contre
"La delgada linea blanca", malgré plusieurs menaces,
parues dans la presse au Chili et en Argentine et attribuées
à différents gangsters et Becerra lui-même,
lequel a finalement renoncé à attaquer l'ouvrage
en justice.