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Opéra - par Léon ROJAL |
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| FEMMES DE DICTATEURS Juan Gasparini |
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| LE DOSSIER MENEM Juan Gasparini |
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| PROMENADE BÂLOISE Léon Rojal |
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| GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE Jean-Marie Blanchard: nouveau Directeur |
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par Juan Gasparini
| Il y a une année, le scandale Menem a éclaté avec la dénonciation par les banques suisses de deux comptes suspectés d'être liés à la corruption: l'un à l'UBS de Genève, ouvert en 1986 par l'ancien président argentin au nom de sa femme et de sa fille, avec un solde de 600 mille dollars; l'autre à la Banque du Gothard de Zurich, sous la couverture de la société Spark Foundation du Liechtenstein, avec 6 millions de dollars, dont est titulaire son secrétaire privé, Ramón Hernandez. Ce reportage comporte trois parties: les péripéties judiciaires sans précédent qui ont eu lieu entre la Suisse et l'Argentine au cours de cette affaire; la piste du butin de l'homme qui a privatisé et ruiné l'économie de son pays; le bouleversement qu'a produit l'arrestation surprise à Genève le 25 mai dernier du trafiquant d'armes français, Jean-Bernard Lasnaud, prochainement extradé en Argentine, impliqué avec Carlos Menem dans le trafic d'armes argentines vers l'Equateur à l'époque de la guerre du Condor, qui avait opposé en 1995 ce dernier et le Pérou. | L'affaire Les comptes du clan Menem sont apparus dans la presse mexicaine et argentine en septembre 2001. Le 10 octobre 2001, le pouvoir judiciaire du Canton de Genève a confirmé la nouvelle par écrit. La Suisse venait d'ouvrir une information pénale pour blanchiment d'argent, qui a été confiée aux autorités genevoises. Immédiatement après, le juge fédéral de Buenos Aires, Jorge Urso, a envoyé une commission rogatoire à Berne. Il a demandé la notification des comptes et des recherches bancaires concernant d'autres personnes visées par sa procédure relative au trafic illégal d'armes argentines vers la Croatie et l'Equateur entre 1991 et 1995. Le 7 juin 2001, Carlos Menem a été mis en prison sur ordre du juge Urso, sous l'accusation de commerce illicite de matérielmilitaire pendant sa présidence. Sans transition, le juge de Buenos Aires Gabriel Cavallo a envoyé également une autre commission rogatoire à Berne concernant Alberto Kohan, ancien Secrétaire Général de la Présidence sous Menem. Ces demandes ont fait l'objet de deux communiqués publiés par l'Ambassade de Suisse en Argentine, le 22 août et le 10 septembre 2001, diffusés en espagnol et en français par l'Office Fédéral de la Justice (info@bj.admin.ch). |
| Le 17 janvier et le 14 février 2002, la revue helvétique L'Hebdo (www.hebdo.ch) a consacré deux longs articles à cette affaire. Ceux-ci font apparaître d'autres comptes appartenant à des membres du clan Menem, notamment celui de Nicolás Becerra, actuel Procureur Général d'Argentine. Ce compte a déjà été signalé en Suisse par le journal Le Temps, le 25 juillet 2001 (www.letemps.ch). Sous le nom de «Naranja», il a été ouvert au début des années 90 par l'intermédiaire d'un représentant spécial du Crédit Suisse pour l'Amérique Latine, Hans Peter Winkler, qui entre temps est passé à l'UBS, en Uruguay. Devant ces révélations, le siège du Crédit Suisse à Zurich n'est pas entré en matière. Il faut savoir qu'en 1998 Becerra a été nommé procureur par Menem et qu'en 1990 il a été l'organisateur de la naturalisation illégale en Argentine du narco-terroriste syrien Monzer Al Kassar, cousin lointain de Menem, lequel a été condamné à Genève pour trafic d'armes en 1999. En juin 2001 déjà, le juge fédéral de Buenos Aires, Juan José Galeano, avait refusé de demander aux autorités helvétiques la levée du secret bancaire de Becerra suite à la dénonciation de l'existence de ce compte et malgré la requête de deux procureurs fédéraux argentins, Carlos Rivolo et Claudio Navas. Or, au début 2002, le juge fédéral Juan José Galeano a demandé l'entraide judiciaire à la Suisse pour une autre affaire. Il voulait vérifier le témoignage d'un agent iranien, qui avait fui son pays et qui accusait le régime des ayatollah d'avoir organisé l'assassinat de multiples opposants kurdes dans le restaurant Mikonos, à Berlin, le 17 septembre 1992. Il s'agit de Abolghasem Mesbahi, actuellement domicilié en Allemagne. En particulier, il a assuré que, entre 1992 et 1993, dans une banque qui se trouve à 200 mètres de l'Hôtel du Rhône à Genève, l'Iran a versé 10 millions de dollars à Menem pour étouffer les enquêtes sur les attentats antisémites de Buenos Aires contre l'Ambassade d'Israël du 17 mars 1992 et contre l'association mutuelle israélo-argentineAMIA du 18 juillet 1994. Galeano est le juge qui est chargé des enquêtes concernant le second attentat. L'un des procureurs de cette procédure, Eamon Mullen, s'est déplacé à Berne le 11 septembre 2002 pour plaider en faveur de la demande du juge Galeano. Il a essayé de compléter les informations fournies par ce juge et de répondre aux questions des fonctionnaires helvétiques. La visite a été évoque dans la presse suisse dans un article de l'agence Infosud (www.infosud.org) du 7 septembre 2002 par les journaux La Liberté de Fribourg, 24 Heures de Lausanne, La Tribune de Genève (www.tdg.ch) et Le Courrier de Genève. Le Département Fédéral de Justice et Police (DFJP) a émis un communiqué le 27 août 2002 (www.bj.admin.ch), selon lequel les commissions rogatoires envoyées par les juges Urso, Cavallo et Galeano ainsi que celles des juges Maria Servini de Cubria et Norberto Oyarbide, qui mènent des enquêtes sur d'autres personnages liés à Menem ou sur des aspects différents des mêmes faits ont commis des erreurs ou omis des renseignements essentiels pour accorder l'entraide judiciaire. Pour régler le différent, Berne a proposé un débat avec les magistrats concernés les 7 et 8 novembre 2002, un rendez-vous qui n'a pas encore été confirmé du coté argentin. Cependant, les juges Galeano et Oyarbide ont transmis de nouvelles commissions rogatoires pour corriger les erreurs et obtenir rapidement la coopération judiciaire, mais du côté suisse aucune réponse définitive n'est encore venue pour l'instant (www.clarin.com.ar du 15 octobre 2002). Auparavant, le 20 novembre 2001, le procureur Nicolás Becerra a obtenu de la Cour Suprême la libération de Carlos Menem. La Cour a exigé que le juge Jorge Urso soit dessaisi du dossier. Le nouveau magistrat, Julio Speroni, a continué l'enquête. Puis, le 16 septembre 2002, l'avocat argentin Juan Carlos Iglesias a dénoncé Becerra devant les tribunaux de Buenos Aires à cause de son compte en Suisse et d'autres délits présumés comme la violation des devoirs du fonctionnaire. Il avait déjà apporté à la justice des détails sur les activités en Suisse de Ramón Hernandez. Il avait par exemple signalé que le secrétaire privé de Menem a voyagé souvent dans le canton de Zurich, où ses enfants ont suivi des cours de langue et où il a un compte à la Banque du Gothard. Dans ses voyages, il se faisait accompagner par Miguel Angel Lico, considéré par certains comme un convoyeur de fonds au compte de Menem et d'Hernandez. Iglesias a affirmé que les adresses laissées par Lico lors de ses passages en Suisse sont: son domicile à Buenos Aires, Santa Rosa 1328, 1328 Vicente Lopez, Capital Federal, tél. 47852181 ; son bureau à Buenos Aires, Rivadavia 4543, PB "E", Buenos Aires, tél. 49033003. Le réseau de la fortune Dans le journal suisse Le Nouveau Quotidien (actuellement disparu), un article est paru le 30 avril 1992 à propos du scandale en Argentine concernant le financement par Mouhamar Kadhafi en passant par la Suisse de la campagne électorale de Carlos Menem en 1989. Mario Rotundo, un ancien collaborateur de Menem, a indiqué qu'une partie de l'argent a transité par son compte numéro 855.890-01-00 à la Lloyds Bank de Genève (Place Bel Air 1). Une autre partie était passée par le compte numéro 5451 de la Banque Sogenal de Genève, qui est devenue depuis la Banque Audi ; c'est dans celle-ci que le narco-terroriste syrien Monzer Al Kassar avait son compte numéro 1964, qui lui a valu une condamnation en confiscation à Genève en 1999. Le financement arabe de la campagne électorale de Menem, de l'ordre de 40 millions de dollars, a été apporté par Kadhafi et le régime syrien d'Hafez el Assad. Le montant, les origines des fonds et le compte à la Banque Sogenal sont cités à la page 82 de la deuxième édition de La delgada línea blanca (Ediciones B, Buenos Aires et Santiago du Chili), livre publié par les journalistes Rodrigo de Castro et Juan Gasparini, qui a gagné le Prix Rodolfo Walsh de journalisme d'investigation à Gijón en Espagne en juillet 2001. Dans ce livre, il est aussi question de la naturalisation irrégulière en Argentine d'Al Kassar grâce à Becerra ainsi que des comptes en Suisse de ces deux derniers. Dans les documents judiciaires de l'enquête pénale menée contre Menem en Argentine pour trafic d'armes, se trouvent certaines preuves concernant son patrimoine, sur la base des déclarations qu'il a faites à différentes reprises, lesquelles sont confidentielles mais vérifiées auprès de sources officielles. Dans sa première déclaration en 1991, Menem a dit posséder sept voitures dont deux de collection, un avion, 360 mille dollarscash, deux appartements à Buenos Aires, neuf autres propriétés dans sa province natale ainsi qu'un terrain en association avec German Kammerath, actuel maire de la ville de Cordoba en Argentine, qui affronte aujourd'hui des problèmes judiciaires (www.clarin.com.ar du 11 octobre 2002). Pour un total, selon lui, de 1 421 000 dollars. Entre 1991 et 1997, Menem a dit avoir augmenté ses biens jusqu'à la somme de 1 945 052 dollars. Il a assumé être le propriétaire à 99,1% de la société Karte, mais il apparaît que parallèlement sa fille María Zulema Eva Menem (alias Zulemita) possède quatre entreprises à Buenos Aires : Nuñez Autos, Moto House, Videncia et Scatter, dont le siège est à la rue Figueroa Alcorta 7576 de Buenos Aires. Parmi les membres de la société Scatter, fondée en 1995, se trouve aussi la mère de Zulemita, Zulema Yoma. Le domicile légal de Nuñez Autos et de Karte se trouve à Buenos Aires, dans l'étude de l'expert comptable Jorge Alberto Gamondes, à la rue Marcelo T. de Alvear 1261, 2e étage, bureau 24. Le 27 mars 1998, Zulemita Menem a acheté au nom de Videncia le local de la rue Figueroa Alcorta afin d'y établir le siège de Nuñez Autos, pour un million de dollars à Kirgal International Corporation, une société des Iles Vierges Britanniques. Le représentant en Argentine de la société des Caraïbes, le français Julio Duthilleul, a signé la vente. Celui-ci est domicilié à Buenos Aires au 1327-55 de la rue Juncal, à la même adresse que la société uruguayenne South Pacific Trade, liée au blanchiment de l'argent de la drogue (cartel de Juarez) selon un rapport du Sénat des Etats-Unis de mars 2001. Selon des sources parlementaires argentines, sans preuves matérielles connues à l'heure actuelle, l'ayant droit économique de cette société serait Ramón Hernández, secrétaire privé de Menem, qui d'ailleurs a un compte bloqué en Suisse. Dans ce rapport du Sénat, il apparaît aussi que South Pacific Trade (ou son abréviation Pacific) a payé Nicolás Becerra, Procureur Général d'Argentine, par l'intermédiaire de l'agence de change argentine, Maguitur, laquelle est aussi mentionnée dans le rapport pour son implication dans le blanchiment d'argent de la drogue. Becerra a donné la succursale de Mendoza de Maguitur comme domicile pour son compte « Naranja » auprès du Crédit Suisse de Zurich. Maguitur avait aussi un compte auprès du Crédit Suisse de Zurich, appelé « Maguisu », dont le titulaire était José Guiñazú, l'un de ses cadres. Maguitur est présidé par Ana María Mosso, l'ancienne députée du parti politique que dirige aujourd'hui encore Carlos Menem, le parti justicialiste. Les comptes ouverts par l'intermédiaire de Maguitur auprès du Crédit Suisse de Zurich ont été cités dans les articles de la revue suisse L'Hebdo mentionné plus haut. Auparavant, Marcelo Mazzini, à la tête de Kirgal International Corporation, avait acheté un garage pour voitures de compétition au fils décédé de Menem, Carlos Junior. En 1999, Zulemita Menem a déclaré avoir un patrimoine de quelques 3 millions de dollars. Elle a affirmé disposer de titres et d'actions à l'étranger sans plus de précisions. Elle possède un appartement à Buenos Aires au 3030 de la Rue Ortiz de Campo, évalué à 400 mille dollars. Elle a dit aussi être la propriétaire de la société Ondisur, qui possède une résidence à Buenos Aires dans la rue Echeverria 3535, évaluée à 800 mille dollars, dans laquelle son père habitait après avoir laissé la présidence en 1999. Ondisur est une société uruguayenne constituée en décembre 1993. Un certain Julio Maino Errecart apparaît dans cette société. Dans la maison de la rue Echeverria 3535 est également domiciliée la filiale argentine de la société des Bahamas Ludgate Investment LTD. A son départ du gouvernement en 1999, Menem a déclaré abandonner le pouvoir avec un patrimoine de 2 574 000 dollars. En particulier, il a affirmé avoir vendu l'entreprise familiale, productrice de vins dans la province de La Rioja, appelée aussi Menem, à l'entrepreneur argentin Julio Sapdone en conservant néanmoins 12 % des actions. En outre, il a assumé avoir reçu un prêt de 40 mille dollars de Karte, société dont il possède la majorité des actions. Il a déclaré que sa résidence de province appartient à quelqu'un d'autre, un certain Aldo Semino. En mai 2001, l'avocat de Buenos Aires Juan Carlos Iglesias a présenté une dénonciation contre Menem pour enrichissement illicite en le soupçonnant en plus d'être le propriétaire d'un château à Lugano par l'intermédiare de la société Karte. Un témoin clé arrêté en Suisse Dans la procédure pénale pour trafic d'armes vers la Croatie et l'Equateur instruite en Argentine, d'abord par le juge Urso et maintenant par le juge Speroni, il apparaît que le 4 février 1995 Jean-Bernard Lasnaud a fait une visite à la fabrique d'armes de Rosario en Argentine pour tester des armes avant d'organiser une exportation destinée à l'Equateur. Pour tester le matériel, il s'était fait accompagner de Albino Macchi, un émissaire des forces armées équatoriennes, et par un certain Víctor Morón, probablement un agent commercial. Lasnaud avait son arme personnelle de protection avec lui. Il était entré dans le pays avec un passeport du Libéria. Les éléments de preuve récoltés dans cette procédure indiquent également que Lasnaud est allé en Argentine pour acheter 10 mille fusils et 10 millions de cartouches, qu'il a revendus au Commandement Conjoint des Forces Armées de l'Equateur. Pour préparer cette opération, appelée Gaviota (mouette), Lasnaud a pris contact notamment avec deux personnes: Diego Palleros, ancien colonel de l'armée de Terre argentine, l'un des intermédiaires de la vente clandestine d'armes argentines à la Croatie quelque temps auparavant; Horacio Estrada, officier de la Marine à la retraite, lié à la répression durant la dictature militaire 1976-1983 et par la suite au trafic d'armes, qui allait devenir son associé dans cette opération. Palleros est actuellement « réfugié » en Afrique du Sud, pays qui refuse de l'extrader en Argentine; officiellement Estrada s'est suicidé en 1998 à la veille de sa comparution dans la procédure en question mais il a été probablement assassiné. Estrada avait une compte et un coffre fort à l'UBS en Suisse, selon une notification à la justice argentine signée le 4 février 1999 par Jürg Blaser, Procureur adjoint de la Confédération helvétique. Il est maintenant prouvé dans les tribunaux de Buenos Aires que les armes acheminées par Lasnaud en Equateur provenaient de l'entreprise d'Etat Fabricaciones Militares. D'abord celle-ci a vendu 5000 fusils et 75 tonnes de munitions à la société uruguayenne Hayton Trade, laquelle représentait Fabricaciones Militares au Venezuela depuis mars 1994 et dont le titulaire était Palleros. La vente s'est faite sur la base d'un certificat du dernier utilisateur, provenant du Venezuela et établi le 5 décembre 1994, qui s'est avéré faux. La vente a été autorisée par le président Carlos Menem selon le décret n° 103 signé le 24 janvier 1995, peu après l'éclatement de la guerre entre le Pérou et l'Equateur, décret qui mentionnait le Venezuela comme destination de l'exportation. Mais sans délai Hayton Trade a vendu la cargaison au Caribbean Group of Companies Inc., compagnie établie à Miami et appartenant à Lasnaud, qui à son tour l'a revendue immédiatement après à l'entreprise équatorienne Prodefensa, propriété de Roberto Sassen van Esloo, lequel a vendu finalement le tout au Conseil Supérieur des Forces Armées de l'Equateur. La facture de la vente établie par Fabricaciones Militares s'élevait à plus de 33 millions de dollars, dont 13 % étaient destinés à payer la commission de l'intermédiaire Hayton Trade. L'Argentine, à la demande du Pérou, et le Chili, à la demande de l'Equateur, avaient accepté de signer en 1942 le Protocole de Rio de Janeiro pour garantir une solution de paix dans le conflit entre le Pérou et l'Equateur, avec le Brésil et les Etats-Unis dans le rôle de témoins. Il était donc interdit à double titre à l'Argentine de vendre des armes à l'Equateur puisque l'Argentine représentait le Pérou depuis 1942. Le 10 février 1995, le gouvernement argentin s'est plié par décret présidentiel à l'embargo sur la vente d'armes vers l'Equateur et le Pérou décidé peu avant par les Etats-Unis. La presse argentine a cité un « contact » argentin de Lasnaud: Edberto González de la Vega, le numéro 2 de Fabricaciones Militares à l'époque des faits, colonel de l'Armée de Terre argentine et ancien attaché militaire à Paris, dont le fils s'était associé à Palleros et à l'entrepreneur argentino-brésilien Rubén Ormat, lequel a été tué quelque temps après ces événements. Dans la procédure, il apparaît que le 17 février 1995, depuis l'Aéroport d'Ezeiza à Buenos Aires, a eu lieu le premier transport aérien des armes vers l'Equateur, pour un total de 25 tonnes. Il a été assuré par un avion de la compagnie aérienne Fine Air, domiciliée à Miami, qui a atterri à Ezeiza sans autorisation officielle. Le pilote a reçu des instructions en français de Lasnaud pour le décollage; il était accompagné par Macchi, le représentant de l'Equateur, et par Estrada, son associé argentin. Le transport a coûté 130 000 dollars et le contrat avec Fine Air avait été réalisé par Airline Equipment Specialists (AES), compagnie inscrite aux Etats-Unis dont Lasnaud était le vice-président. AES a passé aussi un accord avec Baseops International Inc. pour la charger d'obtenir les permissions de survol. Sous la présidence de Ronald Reagan, AES s'était déjà rendue célèbre dans l'affaire Iran-Contras. Le plan de vol déposé par le pilote signalait le Venezuela comme destination finale, avec escale à Guayaquil, en Equateur, où le fret a été déchargé. Le 18 février 1995, un deuxième transport pour 25 tonnes d'armes est parti de Buenos Aires vers l'Equateur, avec la même planification que le premier. Le représentant équatorien présent à l'aéroport s'est plaint à Lasnaud de la qualité de la marchandise. Lasnaud a sorti son arme et l'a expulsé violemment. Le lendemain, depuis le bureau d'Estrada à Buenos Aires, celui-ci et Lasnaud ont envoyé un fax (reproduit dans la presse argentine) à l'acheteur équatorien Prodefensa lui présentant leurs excuses pour l'incident. Deux jours après, dans un autre fax, ils ont rappelé à Roberto Sassen de Prodefensa que les frais de transport concernant les opérations dites de «triangulation» étaient plus importants que les autres. Le 22 février 1995, le troisième vol a eu lieu comme les deux autres : sans problèmes et assuré par Fine Air. Le quatrième et dernier vol devait avoir lieu le 26 février 1995. Mais le Pérou, qui avait dénoncé les vols de manière confidentielle aux autorités argentines sans succès, ont filtré l'information au journal La República de Lima, ce qui a forcé Fabricaciones Militares à suspendre l'envoi. L'avion de Fine Air est reparti vide de Buenos Aires. Le 28 février 1995, l'Equateur et le Pérou ont signé un cessez-le-feu. Or Lasnaud conteste en partie les accusations. Il a fait des déclarations depuis la prison de Champ-Dollon à Genève. Il a confié sa version des faits à celui qui signe cet article. Il prétend avoir agi à la demande de Roberto Sassen de Prodefensa en cherchant du matériel militaire en Argentine en tant qu'intermédiaire. D'une part, il pense avoir été couvert légalement par les décrets présidentiels de Menem et, d'autre part, il se décharge des responsabilités pénales éventuelles sur Palleros, Estrada et Sassen, lesquels selon lui ont signé les contrats et engagé les compagnies pour transporter les armes. La Suisse a néanmoins accordé son extradition le 16 septembre 2002. Toutefois celui-ci a fait recours au Tribunal Fédéral (www.bj.admin.ch). Ce cas a été largement traité par la revue L'Hebdo le 20 juin 2002 et par le journal Le Temps le 27 juillet, le 17 septembre et le 9 octobre 2002. L'issue de cette extradition reste pendante, comme tous les autres volets de cette affaire: l'enquête pénale en Suisse pour blanchiment et l'entraide judiciaire demandée par l'Argentine concernant les trésors cachés par Menem et Hernandez dans des banques helvétiques. Juan Gasparini (19.10.2002) |