SUR LA CAUSE ARMÉNIENNE

 

 JUSTICE SOCIALE ET DROIT INTERNATIONAL

 

 Jeu l'Opéra des Chiquitos : :
Chronique d'une renaissance musicale 2eme partie

 

Préambule à la deuxième édition de LA DELGADA LINEA BLANCA :
LE COURAGE TRAITRE DES LACHES

 

 LES PARLEMENTS A L'HEURE DE LA MONDIALISATION

 

PEN INTERNATIONAL L'HISTOIRE TUMULTUEUSE DE LA SEULE ASSOCIATION INTERNATIONALE D'ECRIVAINS

PEN INTERNATIONAL

L'HISTOIRE TUMULTUEUSE
DE LA SEULE ASSOCIATION INTERNATIONALE D'ECRIVAINS

 Un jour, une femme a eu l'idée de créer un cadre élégant pour recevoir des écrivains venus d'Amérique. Son nom était Catharine Amy Dawson Scott. Elle est , à différentes époques de sa vie, la Sapho du monde littéraire londonien, épouse et mère, romancière reconnue, femme divorcée... En 1921, elle fonde donc un club pour hommes et femmes , fait exceptionnel pour l'époque. On raconte même qu'au dîner d'ouverture, le 5 octobre 1921, il y avait un nombre sensiblement égal d'auteurs femmes et d'auteurs hommes !  Catharine Amy Dawson Scott est une féministe de la première génération, depuis l'enfance une révoltée; et pourtant elle confie la présidence du Club à un homme: John Galsworthy. Elle se réserve la place de secrétaire générale. L'idée fait vite école. D'autres clubs prennent forme, dans d'autres pays d'Europe , sur le modèle de ce club anglais. Des liens s'établissent entre eux. L'idée est de convivialité, Pour les écrivains en voyage, elle représente la possibilité d'être reçus par d'autres écrivains, dans des clubs d'écrivains. En Allemagne, Gerhart Hauptmann préside. A la tête du club français est Anatole France; on rencontrerait avec lui Paul Valéry, Jules Supervielle, Georges Duhamel. En 1923, se tient à Londres le premier Congrès International: 11 pays y sont représentés. Londres devient vite le centre d'une véritable organisation internationale. Doté d'un secrétariat pour glaner l'information, ce centre est financé par les écrivains de tous les pays membres.
En 1924, l'organisation rassemble déjà 18 pays. Son succès est certain.

 La Lutte Contre l'Intrusion du Politique

P.E.N. Le sigle est de Catharine Amy Dawson Scott: les trois initiales des différents métiers de l'écriture forment en anglais le mot plume; P=Poets,Playrighters; E=Essayists, Editors; N= Novelists, Non-fiction authors. Pour Amy Dawson comme pour Galsworthy, la vocation du club est de devenir une "République des Lettres", de rapprocher les nations- les Etats-Unis d'Europe et d'Amérique- en littérature. Il faut que les nations s'unissent dans la paix, disait Amy Dawson en 1926, au 4ème Congrès P.E.N. c'est dans cette idée qu'en 1921 j'ai fondé le P.E.N.-Club. Avec Galsworthy, elle mène en effet une vaste campagne contre l'intrusion de la politique dans les activités du P.E.N.
Leur lutte frise l'utopie. La politique s'immisce dès le premier Congrès, celui de 1923, à Londres: les délégués belges refusent d'y participer si les écrivains allemands, présidés par Gerhart Hauptmann y sont invités. Ils n'ont pas accepté le comportement de Gerhart Hauptmann lors de la Première grande Guerre mondiale. Romain Rolland qui dénonçait les remarques chauvines faites par celui-ci en 1914, publie une lettre ouverte dans le journal "Europe" adressée aux Belges: si la collabaoration intellectuelle n'est possible qu'après l'expiation de tous les crimes de l'Europe, écrit-il, il ne resterait pas une seule pierre- Romain Roland est nommé président d'honneur du club anglais. Cela déplait fort à Anatole France qui ne pardonne pas à Romain Rolland son attitude anti-patriote durant la guerre. Romain Rolland n'est pas admis dans le club français.
Les antagonismes politiques se creusent encore en 1926, lors du 4ème Congrès, première manifestation littéraire tenue à Berlin après la guerre. Une nouvelle génération d'écrivains allemands a vu le jour. Elle conteste la représentativité des vieux du P:E:N allemand. Les jeunes, c'est Bertolt Brecht, Alfred Döblin, Robert Musil, Joseph Roth, Ernst Toller, Kurt Tucholsky.
Je crois que le Congrès du P.E.N.- Club de Berlin se tiendra sous le signe du banquet d'ouverture, écrit Brecht dans la revue die literarische Welt. Je n'ai pas réfléchi à ce que les vieux pourraient atteindre. Ils ont si délibérément éliminé tout ce qui est jeune que ce congrès, du moins en ce qui concerne le groupe allemand , sera désespérément inutile, voire nuisible .
De ces jeunes, seul Toller parle anglais, et mal, et les Anglais ne parlent pas allemand. Toller insiste sur le mot "pénible" pour décrire la situation. En effet, "pénible" témoignent les Anglais. Plus tard, Toller dénoncera l'illusion de vouloir se réunir en faisant abstraction des questions politiques et sociales. Il veut encore accueillir au sein du P.E.N. des écrivains russes. Les Russes en exil ne répondent pas à l'appel, mais Béla Illès, président de l'association des écrivains révolutionnaires fait savoir qu'il est prêt à envoyer une délégation à Amsterdam au congrès de 1930. Effrayé, Galsworthy répond qu'un club russe serait bienvenu, mais qu'il ne saurait être question de recevoir une formation spécifiquement de gauche à l'intérieur de l'Organisation.
Lorsque Catharine Amy Dawson Scott meurt en 1934, un an après le dècès de Galsworthy et le Congrès International de Dubrovnik, de triste mémoire, le projet de se distancer du politique est plus que jamais voué à l'échec. C'et en effet en 1933 qu'on mesure la gravité de la menace hitlérienne: la délégation allemande qui se présente au Congrès de Dubrovnik vient d'exclure tous ses membres juifs ou communistes; son président vient d'envoyer un télégramme à Hitler pour lui faire part de son inconditionnel dévouement. Avant même que de discuter le sens d'un engagement politique, le P.E.N.-Club se trouve pris dans le combat pour les droits de l'homme et de l'écrivain. La délégation allemande, violemment attaquée, quittera la salle de l'Assemblée et déclarera par la suite ne plus faire partie de l'Organisation.
Depuis lors, le P.E.N. ne cese de militer pour rappeler aux écrivains leur vocation, formulée dans sa charte, ou pour défendre leur liberté, n'hésitant pas pour cela à s'engager dans des prises de position éminemment politiques. Mais il connaît,désormais, le sens de son engagement: défendre la liberté d'opinion.

Comité des Ecrivains en prison.

L'idée d'un Comité pour la défense des Ecrivains en Prison est formulée dès 1924, quand le dictateur espagnol Primo de Rivera bannit Miguel de Unamuno sur une île lointaine. Le club français propose alors à la direction anglaise une action commune pour protester contre ce bannissement. Les Anglais estiment que le problème est d'ordre politique et qu'il n'est pas du ressort du P.E.N. Des cas similaires se répètent. Les Français reviennent à la charge. Les Anglais ajournent le problème. En 1937, une campagne est pourtant menée pour libérer Arthur Koestler, arrêté en Espagne et condamé à mort. Le succès la couronne. Deux ans plus tard, Arthur Koestler est libéré. Après la guerre, seconde mondiale, les mesures entravant la liberté d'opinion se multiplient . La création d'un comité pour les écrivains en prison s'impose. Cette fois-ci, l'impulsion est donnée par le Centre suisse romand qui en présente la motion à l'Assemblée des Délégués. La Suisse, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, représentait un véritable pont culturel entre l'Est et l'Ouest. Les initiatives suisses sont sollicitées.
En avril 1960, le comité commence son travail. Il se composait alors de trois membres volontaires. Et le temps était à la guerre froide. L'Europe de l'Est, les prisons psychiatriques faisaient problème. Pour paraîte neutre, la Suisse Romande cherche à libérer les prisonniers des deux camps. Les autres pays se sentent davantage concernés par les victimes du fascisme. Outre une cotisation annuelle, des fonds sont récoltés à l'occasion de manifestations littéraires ou artistiques, particulièrement lors de la journée de l'Ecrivain en Prison, le 15 novembre. Chaque centre adopte un ou plusieurs prisonniers, le nomme membre extraordinaire ou membre honoraire, et organise une campagne internationale qui dérange les geôliers et protège le prisonnier , de la torture peut-être, et rehausse son prestige. Un écrivain du Malawi, Jack Mapanje, libéré le 10 mai 1991 en a témoigné au Congrès de Vienne. Peu de lettres lui étaient parvenues, mais en 1988 , une carte de Hollande, signée Celia. Elle disait seulement
Greetings. L'adresse. Jack Mapanje,dans la prison près de Zomba. Cela suffisait pour lui donner le sentiment que le monde entier militait pour lui. En effet, un jour son geôlier l'a fait venir, lui a dit: Qui es-tu? Des prêtres, des ministres parlent en ta faveur. Ils écrivent du Brésil, d'Australie, d'Afrique ,de Finlande. Es-tu un personnage mondialement connu?
Petit à petit, l'intérêt des défenseurs de la liberté d'expression s'étend à toute la planète. De nouvelles formes d'oppression se font jour. Un 14 février l'Imam Khomeiny lance son arrêt de mort contre Salman Rushdie. Partout dans le monde, des écrivains font de cette date, une date -symbole.Symbolique en effet, car partout dans le monde le terrorisme religieux ou politique menace ceux qui écrivent. Les métiers de la plume représentent les métiers les plus dangereux. Les journalistes, les reporters, plus accessibles aux masses ignorantes ou fortement politisées sont jugés par des individus qui n'ont plus besoin des états pour semer la terreur. Les mots sont arrachés de leur contexte pour servir d'armes contre leurs auteurs.
Une difficulté supplémentaire rend la tâche encore plus complexe. Les gouvernements, dérangés par ces voix qu'ils ont voulu faie taire en les emprisonnant, ces voix amplifiées par nos campagnes humanitaires ont décidé de les libérer et de les envoyer en exil. Le problème des Ecrivains en Exil est bien autrement difficile à affronter que celui des Ecrivains en Prison. Aujourd'hui, P.E.N. compte près de 129 centres 53 de ces centres ont un comité concerné par cet aspect humanitaire du P.E.N. Les moyens électroniques nouveaux permettent d'intensifier la lutte. Les lettres peuvent être envoyées par fax, par courriel, les sites Internet se multiplient. L'information est diffusée au rythme de la cybernétique. La rapidité des moyens d'information nous permettent de bombarder de toute part et en un temps record, les gouvernements coupables d'emprisonner la parole. C'est ce que nous appelons le Réseau d'Action Rapide. Un livre Ecrivains en Prison a glané dans la littérature les textes de fauteurs de troubles incarcérés. Ceux-ci sont devenus des prix Nobel ou des chefs d'Etat, Wole Soyinka ou Vaclav Havel, pour ne citer que ceux-ci. Il arrive que ces fauteurs de trouble incarcérés attendent en prison un changement de régime.
Quant aux individus qui terrorisent la parole au nom d'une vérité qui n'appartient qu'à eux seuls, P,E.N.en réfère aux Etats pour qu'ils les combattent. Espérant qu'un jour revienne, au sein des peuples, le régne des Lumières.

Amnesty, après avoir pris modèle sur le Comité des Ecrivains en Prison, l'a longtemps alimenté en informations. Mais aujourd'hui, le Comité du P.E.N. possède son propre réseau d'informations, une publication trimestrielle faisant état de tous les écrivains ou journalistes emprisonnés, torturés, disparus ou libérés, un bulletin mensuel Center to Center pour les toutes dernières nouvelles, un personnel chevronné, quoique fort limité.
Cependant, P.E.N. travaille en étroite collaboration nom seulement avec Amnesty, mais avec de nombreuses organisations humanitaires: Human Rights Watch, Article 19, Comité de la Protection des Journalistes, Fédération Internationale des Journalistes, Reporters sans Frontières, Index Censorship.

Le Fonds Special de Secours

En janvier 1971, quelques membres néerlandais ont pris l'initiative de créer un fonds pour venir en aide aux écrivains persécutés et à leurs familles. Ce fonds de secours est placé dans un compte spécial en Hollande. Le contrôle d'Etat exercé dans ce pays sur toutes les transactions financières représente une sécurité morale quant à la bonne utilisation de cet argent. En 1071, Heinrich Böll vient d'être nommé à la présidence du P.E.N international. Il donne une partie de son prix Nobel pour alimenter ce fonds sépcial. Les Suisses rivaliseront de générosité. Jeanne Hersch ayant obtenu un prix allemand, suivra l'exemple de Heinrich Böll. Pour une fois que j'ai de l'argent, dit-elle, j'aimerais en faire quelque chose d'intelligent.

D'autres comités se sont formés au cours du temps. Le comité pour les droits linguistiques, le Comité pour la Paix, le Comité pour les Femmes Ecrivains. Tous ces comités ont, à l'instar de celui des Ecrivains en Prison, leurs activités propres, des assemblées régionales. Il leur arrive de coopérer. Les barrières sont étanches. Le pouvoir de décision revient en définitive à l'Assemblée des Délégués, qui se réunit une fois l'an, dans différents pays, sur l'un ou l'autre des cinq continents de la terre .

Aujourd'hui, P.E.N. n'est plus un club privé, ou un salon d'intellectuels, mais la seule Association internationale d'écrivains. Une grande organisation non-gouvernementale affiliée à l'U.N.E.S.C.O., jouissant d'un statut consultatif au sein de la grande famille des Nations Unies , et présente sur les cinq continents de la terre. La Liberté d'Expression, elle va la défendre devant ce grand tribunal à la mesure du globe , à Genève ou à New York, à la Commission des Droits de l'Homme ou à l'Assemblée Générale. Comme si elle offrait un terreau favorable pour la multiplication des Don Quichotte, elle poursuit son utopie aux multiples facettes. Cette liberté d'expression, elle la réclame pour tous; elle lutte pour le respect de la parole féminine, la culture des langues, la culture de la Paix. Elle prendrait pour mot d'ordre ce dit de Voltaire. Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrais pour que vous puissiez le dire.

Fawzia ASSAAD