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PROMENADE EQUATORIALE |
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| Exposé d'Aline Dedeyan - 15 avril 2003 - Table ronde ONG sur la Convention du génocide - 59e session de la Commission des droits de l'Homme |
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| Opéra - par Léon ROJAL « LE TOUR D'ECROU » DE BENJAMIN BRITTEN À GENÈVE |
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| FEMMES DE DICTATEURS Juan Gasparini |
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| PROMENADE BÂLOISE Léon Rojal |
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Paris , le 28 juin 2003
marche des fiertés gaies, lesbiennes, transes et bisexuelles
Sombre journée
Cette date, nous autres marginaux sexuels la connaissons bien. Aujourd’hui était la journée de la marche des fiertés gaies, lesbiennes, transes et bisexuelles, appelée par les hétéros jour de la Tolérance. J’ai vécu l’événement, le ciel était beau et bleu, le temps chaud et la musique particulièrement réjouissante. Les marcheurs dansaient avec allégresse et les spectateurs de nos excentricités souriaient, se laissant presque entraîner par le rythme. En soi, une Gay Pride réussie. En tant que lesbienne, je squattais avec mes potes le char du Pulp, notre boîte parisienne fétiche. On faisait un vacarme infernal et j’étais en extase. Jamais je n’aurais pu prévoir la fin de ma soirée.
Avant ce samedi, à l’annonce de la journée, j’entendais d’un peu tout le monde que cette année serait marquée par une population plus nombreuse et plus convaincue, que l’opinion publique était en croissance favorable envers nos communautés et que, « bref », le bilan serait positif. Ce soir, l’expérience que j’ai vécu me prouve surtout le contraire parfait.
Bien-sûr, j’ai voulu continuer la fête tout la nuit parce qu’un jour de Gay Pride je me sens le droit de montrer ma joie de vivre. Non ? Alors je me suis engouffrée dans le métro, direction culte du Marais. Deux amies m’accompagnaient. À nous trois, on reformait le trio recomposé d’un groupe grunge. Peu de gens sur le quai pour un samedi de fête, juste trois homos trop visibles, même ou surtout en ce jour faut croire.
Et paf on rencontre la froide réalité en face. Un homme, trente-cinq ans maximum, l’ai fatigué, nous dévisage en passant. Et moi, je le fixe dans les yeux. Là est mon erreur et le prétexte du drame, mais pourquoi aurais-je fait autrement ? Sa réaction est immédiate : il m’interpelle et me demande la raison de ce regard « déplacé ». Quel regard a coûté autant ? « mon regard n’avait rien et n’était rien ». Mais si, pour lui c’est une insulte. Moi je suis calme et prête à me remettre dans la danse. Je ne cherche pas la confrontation et vais m’installer sur un banc. Le type me suit et vient placer son visage à deux centimètres du mien ne me menaçant. Je n’avais pas à le regarder de travers dit-il. Il en vient rapidement au vrai problème. Est-ce parce qu’il avait insisté du regard sur mes copines qui se tenaient par la taille ? Oui mon gars, explique nous ton homophobie ! A côté, mes amies, qui surveillent la scène, m’invitent à les rejoindre sans en dire plus. J’ignore tout, espérant calmer l’homme par l’usure. Pourtant on commence à sentir qu’il est déjà trop tard et je risque à ce qu’il devienne plus agressif. Je lui souhaite plusieurs fois bonne soirée mais le gars veut une bagarre. Les insultes commencent à fuser et il s’excite de plus en plus. De mépris, il crache au visage d’une des mes deux copines. L’autre lui retourne instantanément le geste et le coup part. Mon amie se retrouve étalée d’un crochet du droit. On se défend comme on peut, essayant d’arrêter comme de rendre des coups qu’il envoie avec une hargne fantastique. Le métro arrive et lâche sa portée de passants. Personne ne bouge. Celle à terre reçoit des coups dans les côtes, déjà assommée par les coups de poing reçus au visage. Je cris à l’aide et les gens stagnent devant le spectacle. Je reçois moi-même des coups en cherchant à m’interposer. On est toutes amochées ; la nuit se terminera aux urgences et le type repart dans son coin. Les policiers, absents au téléphone et trouvés après vingt minutes d’errements, nous demandent sceptiques si on se drogue. Le port de plainte n’est même pas proposé et dans le car de police raisonnait « Sunday bloody sunday ». la croix rouge nous transporta du trottoir à l’hôpital et son équipe soignante sembla être seule respectueuse de notre choc. J’en profite ici pour saluer ces volontaires qui ont réussi à nous donner un peu de courage ce soir-là. Merci m’dame Sarah et ses coéquipiers.
C’était la journée de la Tolérance, le samedi 28 juin 2003 et on a vu l’arc-en-ciel d’un brancard…
C. Trafen